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mercredi 19 mai 2010

Sivas "Madimak" restera à jamais dans nos mémoires

Revenons rapidement sur les faits…


Le 2 juillet 1993, des groupes d’Alévis (dont beaucoup d’intellectuels et artistes) se rendent à Sivas pour la fête de Pir Sultan Abdal (grand poète alévi du XVIème siècle ayant vécu une partie de sa vie à Sivas). Un bon groupe de participants est logé à l’hôtel Madimak. Prétextant la présence à cet événement culturel de l’écrivain athée Aziz Nesin qui avait traduit Les versets sataniques de Salman Rushdie, des manifestants manipulés apparemment par les islamistes s’attaquent aux Alévis et vont jusqu’à incendier l’hôtel Madimak où s’étaient réfugiés les participants.


Le saviez-vous ?

Sivas est pourtant une petite province qui avait été mise à l’honneur par Atatürk. En 1919, c’est lors du Congrès de Sivas que Mustafa Kemal s’assure le soutien des principaux chefs militaires du pays et organise la résistance du peuple pour libérer la Turquie.

Grâce à Atatürk et à l’instauration d’une République laïque, les Alévis ont vu leurs droits augmenter et ont pu descendre des villages de montagne où ils vivaient généralement pour s’installer à la ville et occuper des postes de fonctionnaires par exemple. C’est pourquoi, les Alévis sont kémalistes et qu’on les considère comme des garants de la laïcité en Turquie.

Justement, l’un des slogans lancés par les manifestants islamistes lors de l’épisode tragique de Sivas était : « C’est ici que la République a été fondée, c’est ici qu’elle sera détruite ! » Autre slogan anti-kémaliste qu’on pouvait entendre dans la foule : « A bas la laïcité ! » En s’en prenant aux Alévis, les manifestants s’en prenaient aux valeurs mêmes de la République kémaliste.

L'hôtel aujourd'hui...

L’hôtel de Madimak est toujours en activité, mais le plus atroce et le plus intolérable est le restaurant qui s’est ouvert à l’entrée de cet hôtel et jusqu’à peu de temps. Des kebabs et des plats à base de viande étaient préparés comme si le massacre n’avait jamais eu lieu, comme si 35 personnes n’avaient pas perdu la vie, brulées vives dans cet hôtel.

Grâce à une campagne, pour que l’hôtel de Madimak devienne un musée, 1 million de signatures ont été obtenues et remises aux autorités turc.
Cette requête a étè déposée à l’assemblée nationale de la Turquie par différents députés mais la demande a toujours étè refusée par les membres du partie de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.

Les Alévis vivant en Europe, aux idées démocrates, veulent que la Turquie nettoie cette honte, que l’hôtel Madimak soit exproprié et soit transformé en musée de « Paix et d’Amitié » et veulent également que les vrais coupables toujours en fuite soient retrouvés et punis.

Tous les ans, le 2 juillet, la population commémore les êtres chers qui nous ont quittés.
« POUR LA TURQUIE, LE CHEMIN DE L’UNION EUROPEENNE PASSE PAR SIVAS-MADIMAK ».

Extrait d'un article de Sebahat Erol et de la Conféderation des Alevis d’Europe.

mercredi 5 mai 2010

Poésie : sens et signification pour les alévis

Probablement, il n'existe aucune population qui vit aussi pleinement avec la poésie. En effet, ce peuple fait ressentir ses sentiments et pensées dans des vers. Les alévis, à travers ces poésies, ont fait ressortir leurs joies, leurs peines, leurs rêves, leurs croyances et leurs satires.

Un grand nombre de poètes et d'écrivains étaient alévis et leurs oeuvres reflétaient leurs sentiments de manière à ce que la population alévie ressentent et vive cette culture en intériorisant le contenu de ces poèmes. Tout comme l'histoire des alévis, la poésie s'est créée et développée en sacrifiant des vies. Parmi ces grands poètes se trouvaient, Halla-i Mansur, Pir Sultan, Nesimi et bien d'autres...

A l'époque de l'Empire Ottoman, de nombreux poètes écrivaient sous la pression du pouvoir, de manière à embellir l'autorité et ses pratiques et en contre partie, ces derniers touchaient une somme d'argent.
Aujourd'hui, la poésie alévie est une poésie du peuple, écrit par le peuple et pour le peuple sans mettre en avant le pouvoir, autrement dit, la "littérature populaire". Cette littérature tend à exprimer et à prévenir l'injustice que subit la population , leurs souffrances, leurs pauvretés mais aussi l'exploitation de ces derniers et la pression infligée par le gouvernement. Ces poètes et écrivains alévis blâment toutes ces injustices et invitent le gouvernement à la paix, la fraternité, l'égalité et l'humanité.

Pour les alévis, la poésie est le meilleur canal de transmission de message, elle a également permis le regroupement de la population pour faire entendre haut et fort cette culture et la trasmettre de génération en génération et ce à travers le monde.

Aujourd'hui, vous retrouverez tous les rituels et l'histoire de l'alévisme dans les ouvrages des écrivains suivants : Pir Sultan Abdal, Schah Katahi (Ismail), Yunus Emre, Esat Korkmaz, Irène Melikoff,...



Source : article tiré du magazine Alevilerin Sesi n° 129

mercredi 7 avril 2010

L’Alévisme

QUI SONT LES ALEVIS ?

Les Alévis représentent a peu prés un tiers de la population de Turquie, qui s’élève aujourd’hui à 70 millions d’habitants. Ils possèdent une très riche culture qui apparaît dans leur tradition, origines multiples, leurs littératures, leurs poésies et leurs musiques. La doctrine philosophique alévie est une synthèse de différentes civilisations, cultures et de croyance. Ce mélange de pensée et de culture si variée à donné naissance à un esprit de supra confessionnalisme empreinte de tolérance et d’humanisme.

L’ALEVISME

Certain considèrent l’Alévisme comme une religion ou une croyance, d’autres comme une secte à l’intérieur de l’Islam, d’autres encore voient dans l’Alévisme un mode de vie, une culture ou alors une philosophie. Il est vrai que l’Alévisme est un phénomène complexe. Nous sommes en face d’un concept se rattachant à la fois à un système de croyance indépendant et une philosophie.
En fait, l’Alévisme n’est pas une religion, c’est un phénomène social qui se repose sur l’attachement à des traditions et des croyances plus ou moins anciennes, mais aussi sur un mode de vie qui était au départ tribal. Du point de vu des croyances, l’Alévisme est le soufisme populaire, le soufisme étant la forme ésotérique. Mais c’est aussi et surtout une réaction contre le dogmatisme et la rigidité de la religion officielle qui est l’Islam sunnite.
La doctrine Alévie-Béktachie prend sa source dans les traditions des anciens Turcs et de peuples nomades, semi-nomades puis sédentaires qui ont habité les contrées de l’Asie Centrale, au Proche Orient jusqu'à l’Europe des Balkans. Ils vivent, aujourd’hui, majoritairement en Anatolie. Ils ont adapté tout ou partie des éléments de concepts liés aux différentes religions ou croyances avec lesquelles ils ont cohabité : Bouddhisme, Zoroastrisme, Manichéisme, Nestorianisme, Christianisme et Islam. Cette doctrine qui est apparue et s’est développée au milieu de l’Islam en Anatolie, est basée sur l’ésotérisme, mais dépasse tous les concepts qui la composent. Elle s’est ensuite, transformée en un système de pensée, fondé sur l’homme : culture, croyance et rapports humains.

LES CARACTÉRISTIQUES DE L’ALEVISME

A l’époque moderne, l’Alévisme se caractérise par l’humanisme, l‘esprit de tolérance et d'acceptation et le respect de l’autre. Les Alévis oeuvrent pour le développement de la démocratie, la sauvegarde de la laïcité et le respect des droits de l’homme en Turquie et en Europe.
Les Alévis se démarquent de l’Islam parce qu'ils ne vont pas à la mosquée, ne tiennent pas le jeûne du ramadan, parce que les femmes alévies ne se voilent pas et qu’elles assistent aux assemblées, assises à côté des hommes, mais aussi parce que les Alévis ne respectent pas l’interdiction de boire de l’alcool.
C’est pourquoi, ils ont été réprimés et marginalisés. En effet, depuis le Moyen-âge, les Alévis ont fait l’objet de pressions, d’oppressions, d’insultes et ils ont été frappés d’ostracisme.
Malgré les persécutions subies durant des siècles, les Alévis n’ont pas cédé à la haine. Ils ont accepté tout homme tel qu’il est, quelque soit son sexe, sa couleur, sa religion. L’Alévisme a adopté la compassion au lieu de la peur et la tolérance au lieu du châtiment ; il s’est détourné de ce qui est dominant.
Aujourd’hui, l’Alévisme est entré dans un processus de lutte identitaire. La république de Turquie à qui l’Alévisme a apporté une contribution indéniable, n’a pas répondu aux attentes des Alévis. Pourtant, dés le premier jour de la guerre de l’indépendance nationale, les Alévis se sont rangés derrière le mouvement d’Atatürk, fondateur de la nouvelle république de Turquie en 1923.
L’Ostracisme à l’égard des Alévis a continué de provoquer, ces deux dernières décennies, des violences, toujours brutales, souvent meurtrières : les événements de Kahraman Maras et de Sivas en 1978 ont causé des centaines de morts.
En effet, le 3 juillet 1993 à Sivas, pendant un congrès consacré à la commémoration du grand poète Pir Sultan Abdal, une foule de fanatiques sunnites a mis le feu à l’hôtel où résidaient les intellectuels, auteurs et acteurs progressistes. 37 personnes parmi eux, majoritairement alévis, ont péri.
Décriés et persécutés pendant des siècles à cause de leurs croyances qui différent de l’Islam officiel, les Alévis-Béktachis forment, aujourd’hui, un rempart contre toute forme d’extrémisme, de fanatisme et d’intégrisme religieux.
Ils oeuvrent pour le développement de la démocratie, la sauvegarde de la laïcité et le respect des droits de l’homme en Turquie et en Europe.


Source : dossier réalisé par Denis Unal, membre du Centre Culturel des Alévis des Vosges